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L'AUDIOLOGIE, LE NOUVEL ELDORADO.

Le potentiel de croissance de l'audioprothèse est aujourd'hui comparable à ce que fut celui de l'optique dans les années 80. Aidée en cela par la cohorte des " papy-boomers " et l'aspiration légitime à une certaine qualité de vie, l'audiologie a décidément de beaux jours devant elle.

Dans une société abondamment qualifiée de " société de communication ", le silence est ressenti cruellement. Il n'est pire isolement psychologique et social que celui qui accompagne la perte auditive. On estime généralement qu'un individu sourd est plus isolé qu'un aveugle : il est coupé du monde qui l'entoure. Ne pas entendre, c'est ne plus comprendre l'autre, ne plus participer aux interactions sociales. C'est être exclu.
Nous sommes dans une société éminemment bruyante : chez les actifs, la surdité est même la première maladie professionnelle en France. Et 51% des individus souffrent du bruit, principalement en milieu urbain. Quant aux jeunes, ils auront hélas à payer la note de pratiques sonores agressives quotidiennes : baladeurs, concerts de rock, " rave parties " et autres " dance floor " ont par trop tendance à pousser sur les décibels, leurs effets néfastes sur l'audition sont désormais connus.
Mais la malaudition (qui toucherait, d'après une étude Sofres, 31% des plus de quinze ans) est également un phénomène naturel lié au vieillissement. Le phénomène touche un senior sur trois. Les chiffres sont éloquents : 66% des seniors de plus de 50 ans estiment ne pas entendre parfaitement, tandis que 29% d'entre eux avouent leur réelle difficulté à percevoir correctement les sons. Plus on avance en âge et plus cette gêne est patente : 28% chez les 60-74 ans, 44% chez les 75 ans et plus (source : Sofres pour Audika, 2000).

Cependant le terme de presbyacousie, qui atteint les sujets vers l'âge de 50 ans, est quasiment inconnu de nos contemporains. Et chacun se trouve fort démuni devant l'apparition de la malaudition. On constate le même frein psychologique que devant l'apparition de la presbytie, en plus handicapant encore.

Généralement, le sujet est poussé à s'équiper par son entourage, qui finit par vivre de plus en plus mal la nécessité d'avoir à répéter la moindre phrase. La perte de l'audition crée une rupture relationnelle qu'il faut savoir prendre en compte.

Plus réactifs qu'à d'autres époques, les seniors d'aujourd'hui sont-ils mieux décidés à remédier à leurs problèmes ? Rien de moins certain. Si les signes du vieillissement ne sont plus vécus comme des fatalités auxquelles il faut se résigner mais des étapes qu'il faut apprendre à gérer au mieux, pourtant seuls 4% des seniors sont équipés d'un appareil auditif ; soit un appareil pour 319 personnes, quand on sait que le taux d'appareillage moyen en Europe est d'un appareil pour 120 personnes. En dépit des pétitions de principe, le passage à l'acte demeure encore tabou. Et le marché en est encore à ses balbutiements.
" Il est possible de compenser 30% de la perte auditive, explique Marie-Christine Laurent, directrice de l'enseigne Entendre (La Guilde). Les progrès sont donc bien là : les aides auditives se font à la fois plus discrètes et plus efficaces (apparition du numérique en 1996) : finis les sifflements et autres effets larsen. Or une personne appareillée va améliorer son existence psychosociale et perceptive, mais aussi sa compréhension, sa relation à l'autre, sa mémoire, son attention. C'est en fait l'ensemble de la personnalité qui se trouve transformé.
Autant dire que nous sommes dans un terrain psychologique particulièrement délicat. Il convient d'entendre la souffrance du malentendant, sa solitude angoissée ; de même que pour la basse-vision, il est nécessaire de faire preuve d'une grande écoute, pour une individualisation extrêmement fine et précise de l'offre. Il est donc nécessaire, pour les opticiens, de disposer d'un local séparé, propice à la prise en charge des malentendants.

Cependant il faut que le sujet soit bien conscient d'un point fondamental : si une lunette de vue apporte une amélioration instantanée de la vision, l'aide auditive nécessite une véritable éducation, impliquant la coopération active du sujet. Il s'agit davantage de rééduquer le sujet que compenser la perte de l'audition comme l'on compense une amétropie. Le travail d'accompagnement est donc beaucoup plus lourd, la notion de conseil fondamentale. La personnalisation est capitale.

Comment se comporte le marché de l'audioprothèse ?
Il se vend annuellement quelque 300 000 aides auditives (part CMU : 4000), dans un marché français relativement plat d'une valeur approximative de 2 600 000 F, soit 10% du CA de l'optique.
La récente réforme de la prise en charge a retardé tout lancement de nouveaux produits donnant lieu à un remboursement de la Sécurité sociale, ce qui a eut pour effet de plomber la dynamique interne du marché. Pour autant la pénétration de l'appareillage numérique s'élève à plus de 70%. Il s'agit donc d'un marché orienté high-tech, mieux remboursé depuis peu (bien que pour le sujet, on soit encore très loin du compte), mais dont le frein principal se situe au niveau d'un sous-équipement chronique. Chez le patient, la prise de conscience est lente et douloureuse.

Pour les professionnels, et contrairement à l'optique, l'audiologie ne constitue pas un enjeu corporatiste, une ligne d'affrontement, comme ce peut être le cas de l'optique entre ophtalmologistes et opticiens : les O.R.L actuellement formés se destinent à la chirurgie.
Les opticiens sont déjà très présents sur le marché de l'audiologie, puisqu'ils sont environ 32% à posséder le diplôme d'audioprothésiste. "Le marché de l'audiologie va décoller de façon identique à l'optique lorsqu'elle a décollé en 1985 ", estime Pascal Bouroukhoff, Président d'Entendre.
Le premier travail pour développer le marché consiste à lever le tabou à s'équiper. Déjà les grands intervenants s'y emploient, avec la complicité de personnalités bien connues du grand public, tels que Georges Descrières (pour Audio 2000) ou Robert Hossein (pour Audika).
Il n'est pas jusqu'à Mick Jagger lui-même qui ne connaisse ce genre de problème : quasiment sourd de l'oreille gauche, " l'oreille qui, sur scène, se trouve du côté de Keith Richard ! ", plaisante le toujours sémillant chanteur des mythiques Rolling Stones. Décidément, la vieillesse n'est plus ce qu'elle était ! Et il convient de dédramatiser la mal -audition.
L'audioprothèse n'est décidément plus une " niche " mais bien un marché à part entière.

Le marché :
Les seniors :
32% de la population en 2000
37% de la population en 2010
50% de la population en 2040

En France, 5,5 millions de seniors malentendants
800 000 sont équipés (soit 15%)
4,7 millions ne sont pas équipés (soit 85%)
Il s'est vendu en 2001 274 149 prothèses auditives, dont 12 000 environ destinées à des enfants (Source : Audio Info 2002).
1 à 3 nouveau-nés sur 1000 présentent une déficience auditive.

La formation :
Formation audioprothésiste 3 ans. Pas de numérus clausus.
5 écoles : Lyon, Fougères, Nancy, Paris, Montpellier
70 diplômés par an (situation de quasi pénurie).

Le prix de l'appareillage :
De 900 à 1700 euros par appareil
Durée de vie : 5 ans en moyenne
Remboursement : 130 euros net par appareil.
La stéréo, pourtant indispensable, est remboursée seulement depuis mai 2002.

Les acteurs :
Environ 1800 centres d'audioprothèse en France (ils étaient 800 il y a dix ans), dont 50% d'indépendants :

- Audika : 235 centres, 30 000 aides auditives vendues en 2001.
- CDA : 234 centres, 25 600 aides auditives vendues en 2001.
- Entendre : 150 centres (ouverts en permanence), 23 000 aides auditives vendues en 2001.
- Audition Santé : 185 centres, 18 700 aides auditives vendues en 2001.
- Audio 2000 : 123 centres (dont 34 corners) , 11 000 aides auditives vendues en 2001.

Le marché de l'audioprothèse en est à peu près au même stade que l'optique des années 80, avec un passage progressif des indépendants sous enseigne.
32% des audioprothésistes sont aussi opticiens.